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Jacques Godbout

Jacques Godbout

Jacques Godbout est né à Montréal en 1933. Après une maîtrise ès arts de l’Université de Montréal consacrée à Rimbaud (1954), il se rend en Éthiopie où il enseigne la philosophie puis le français pendant trois ans, à l’université d’Addis-ABEBA. De retour au Canada en 1958, il devient publicitaire un temps, avant d’entrer à l’Office national du film (ONF), comme cinéaste-scénariste. Auteur et réalisateur de nombreux courts métrages et de plusieurs longs métrages, ses films ont remporté plusieurs prix dans des festivals internationaux.


Journaliste, il a longtemps travaillé à Radio-Canada et écrit de nombreuses pièces de radio-théâtre. Il a aussi tenu des chroniques dans une dizaine de revues littéraires et de journaux comme Le Devoir, Parti pris, Lettres françaises, Vie des arts, Liberté (revue qu’il a co-fondée en 1959) ou L’actualité, magazine pour lequel il écrit encore tous les mois. Engagé politiquement, il a aussi participé aux fondations des Mouvement laïque de langue française, en 1960, et du Mouvement Souveraineté-association, en 1968, qui deviendra le Parti québécois quelques années plus tard. Il est aussi l’un des fondateurs, et fut le premier président, de l’actuelle Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ).


Il a publié des recueils de poèmes et de nombreux romans qui sont devenus des classiques de la littérature québécoise tels L’Aquarium, Salut Galarneau!, Les Têtes à Papineau ou Une histoire américaine. Éditeur et membre du conseil d’administration des Éditions du Boréal depuis 1987, son plus récent roman a pour titre Opération Rimbaud. Un documentaire sur Adélard Godbout, Traître ou Patriote, et Anne Hébert 1916-2000 sont les derniers titres de son abondante filmographie. Il termine en 2003 un long métrage documentaire qui est l'écho du Mouton noir (1992).

Pour l’ensemble de son œuvre, Jacques Godbout a reçu le Prix Canada-Belgique 1978, le prix Athanase-David 1985, le prix Ludger-Duvernay 1973 ainsi que la médaille Bene merenti de patria 1973. En janvier 1994, on lui a remis un EUROFIPA d’honneur lors du 7e Festival international de programmes audiovisuels à Cannes et, au printemps 1997, le Grand Prix de la SCAM à Paris. Plusieurs de ses films ont aussi remporté des prix dans des festivals à Chicago, Montréal, Venise, Nyon et Toronto. Deux doctorats honorifiques lui ont par ailleurs été remis, l'un de l'Université d'Ottawa et l'autre de l'université McGill. Il a été fait Chevalier de l'Ordre national du Québec en 1998.

Presse

À propos du Temps des Galarneau


Jacques Godbout est le stéréotype même de l’intellectuel: chez lui, l’intelligence est presque excessive. Il ensorcelle les idées comme d’autres les serpents. Mais c’est aussi un homme insaisissable qui échappe à tout courant. Un touche-à-tout impénitent, qui passe de l’image à l’écrit, de la poésie à l’essai et de la fiction au documentaire avec une facilité déconcertante. Et un charmeur.


Les prix littéraires, Jacques Godbout les collectionne littéralement. Mais celui que les lectrices de Elle Québec viennent de lui décerner lui a, comme on dit, flatté l’orgueil dans le sens du poil. «De tous ceux que j’ai reçus, c’est probablement le prix le plus flatteur et le plus inattendu», m’assure-t-il. Faut-il le croire? Bien sûr: pour une fois, ce ne sont pas ses pairs qui ont reconnu le travail accompli, mais 35 lectrices «qui se sont dit que ce livre-là leur avait plu davantage que les autres». Jacques Godbout, celui qu’on a traité d’écrivain-dans-sa-tour-d’ivoire, n’échappe pas à la maladie des auteurs: la peur de décevoir.


Il faut dire que cette fois-ci, la pression était forte. Et ce n’est pas pour rien qu’il a tergiversé pendant 25 ans avant de donner suite à Salut Galarneau!. On a beau être brillant, il y a quand même des tâches moins risquées que celle de déterrer un classique. Des défis plus faciles que celui de faire revivre François Galarneau, véritable archétype de notre imaginaire collectif […]


Pour retrouver son antihéros, Jacques Godbout est parti à Paris où il s’est installé pendant six mois dans le Ve arrondissement. Loin du téléphone et de son bureau de l’Office national du film où il exerce, depuis 1958, une carrière parallèle de cinéaste. Mais aussi loin du Québec. Pour échapper à l’espèce de responsabilité sociale qu’il ressent vis-à-vis de Galarneau, personnage éminemment positif auquel s’est identifiée toute une génération.


«La première semaine à Paris, je l’ai passée à me promener, raconte-t-il. Tous les soirs, je me couchais et je me disais: “Bordel, qu’est-ce qu’il fait dans la vie?” Le sixième ou septième soir, pan! L’idée du gardien de sécurité est réapparue. Le lendemain, je me mettais à ma table et la première chose que j’ai écrite, c’est la description de l’uniforme qu’il avait sur le dos.» […]


Je lui demande s’il est conscient du rapport de séduction qui peut exister entre lui et son public féminin. Après tout, il n’y a pas que son écriture qui ait du style: grand, droit comme un «i», la tête fière et le regard pétillant, à 60 ans, Jacques Godbout est un homme séduisant. Il le sait, mais ce qui est charmant chez lui, c’est qu’il en est encore tout étonné. La question, même si elle l’amuse, le met d’ailleurs mal à l’aise et il cherche toutes sortes de voies d’évitement […]


Il a appris très jeune, dit-il, à manier le langage pour déjouer son adversaire. «Mes parents n’étant pas riches, moi n’étant pas plus costaud qu’il faut, je ne pouvais casser la gueule de personne ni m’imposer par l’argent. Il ne me restait donc qu’une solution: penser, parler plus vite que les autres pour en faire le tour avant qu’ils ne s’en rendent compte.» Pour lui, la littérature est, à la limite, le sous-produit de ce système de défense qu’a trouvé un jeune garçon pour exister. «On trouve toujours la faille par laquelle se glisser, ajoute-t-il. Et ce que vous appelez la séduction, c’est finalement l’intuition que j’ai eue, à 12 ou 13 ans, que c’est par là que je pourrais passer […]


Cet homme-là semble avoir plus d’une vie. Cinéaste, écrivain et conférencier invité un peu partout dans le monde, éditeur au Boréal, journaliste à L’actualité, il trouve le temps de jouer au tennis et de passer ses week-ends à la campagne. Ghislaine Reiherm, la femme pour laquelle il a eu le coup de foudre à 20 ans «à cause de son côté exotique extraordinaire» (elle est d’origine haïtienne), et lui y reçoivent souvent leurs enfants et petits-enfants. Car Jacques Godbout, c’est aussi un homme de famille. «J’en fais probablement trop, dit-il, mais c’est un bon moyen de ne pas voir la mort arriver. Et puis comme j’adore la vie, c’est une façon de satisfaire toutes mes curiosités.» […]


Marie-Claude Bourdon, «Profession séducteur», Elle Québec, juillet 1994.


À propos du Temps des Galarneau

Vingt-cinq ans après Salut Galarneau!, le roman fétiche du Québec des années 70, Jacques Godbout revient à la charge, avec Le Temps des Galarneau, un superbe récit qui apparaît moins comme la suite de Salut Galarneau! que son écho différé dans un Québec désenchanté. Bien sûr les temps ont changé. Souvenons-nous! C’était en 1967. Pendant que la révolution culturelle battait tambour en Chine, le Québec cueillait les derniers fruits de sa Révolution tranquille. En rêvant d’une émancipation politique qui lui ouvrirait les portes du monde. C’était l’année de l’Exposition universelle à Montréal et du «Vive le Québec libre!» de De Gaulle. Puis vint la crise des années 70 et le Québec s’est enlisé dans un consensus ramolli, interdisant toute forme de débat.


François Galarneau a quitté son stand à patate où il servait les meilleurs hot-dogs grillés de Montréal. Il a d’abord pris la route, a sillonné l’Amérique au volant d’une semi-remorque, avant de se ranger des voitures et de devenir gardien de sécurité dans une grande surface […]


Le temps des Galarneau se présente comme le récit de cette errance ordinaire remplie d’événements minuscules mais lourds de sens, ces petits gestes quasi imperceptibles qui témoignent d’une observation généreuse, teintée d’un humour résolument espiègle au service d’une franchise souvent crue […]


Et nous voici bientôt débordants de sympathie pour cet héritier d’une dynastie de rêveurs impénitents, des «patenteux» de la pensée et du rêve, comme au dit au Québec.


Le roman de Jacques Godbout n’a pas pour intention de renouveler notre manière de penser le monde ou de le représenter, mais de nous proposer une sorte de métaphore du Québec issu de la Révolution tranquille qui a laissé s’éliminer dans le confort et l’indifférence sa faculté de rêver et d’inventer l’avenir. Tout se passe, en effet, comme si par l’écriture Godbout voulait extirper aux mots les clés d’une histoire humaine où ni la philosophie ni l’histoire, encore moins le politique, ne parviennent à s’imposer.


Cela donne un petit livre malicieux et profond, placé sous le signe de l’intranquillité, un savoureux roman picaresque où l’imagination tourne comme un moulin dérisoire en quête d’un courant porteur.


Guy Cloutier, «L’errance ordinaire», Magazine littéraire,
septembre 1994.


À propos de Opération Rimbaud

À l’âge où la plupart de ses contemporains donnent à leurs démissions intellectuelles les oripeaux de la tolérance – ou pire, ceux d’un pragmatisme qui dispense de penser –, Jacques Godbout, démissionnaire de rien du tout, cultive toujours l’escarmouche susceptible d’irriter les bien-pensants.


Son plus récent roman, Opération Rimbaud, met en scène une belle galerie de personnages. Des agents de la CIA, qui agissent comme des gangsters; des clercs de l’Église romaine, plutôt mafiosi; des politiciens enfin, nuls et portés par leur seule vanité.


Tous dans le même sac, et l’humour les y jette de façon plus décisive que ne le ferait la hargne. Personne n’est jugé, encore moins condamné. Le romancier observe ses victimes comme l’éthologiste les animaux, curieux seulement d’apprendre ce qui les fait courir, quitte à leur mettre le feu au derrière, rosse tricherie d’un écrivain d’humeur à rigoler.


Car M. Godbout n’est pas de nature austère. Il n’est surtout pas de ces artistes en tout genre qui se tuent à vous faire croire que toute création est souffrance et que leur calvaire exige de vous une reconnaissance éternelle. Opération Rimbaud est un roman tordu, certes, mais tordu drôle. L’auteur acquiesce modestement (?): «Peu importe ce que je fais, si c’est un peu drôle, c’est plus intéressant.» […]


Réginald Martel, «Un polar jésuite de Jacques Godbout», Le Presse, 28 mars 1999.

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