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Bernard Arcand

Bernard Arcand


Bernard Arcand est né à Deschambault, près de Québec, le 18 avril 1945. Anthropologue diplômé de Cambridge – sa thèse porte sur une société de chasseurs-cueilleurs de l’Amazonie – il enseigne d’abord à Copenhague, où il participe à la fondation de l’lnternational Work Group for Indigenous Affairs (IWGIA), puis à McGill et enfin à l’Université Laval, où il travaillera durant plus de vingt ans.
Membre du comité éditorial de plusieurs revues savantes, il contribue aussi à la vulgarisation scientifique par sa participation à des magazines tels que Québec sciences. Les chroniques des Lieux communs diffusées à la radio en sont l’exemple le plus éloquent. Conçue avec son ancien étudiant, l’ami et collègue Serge Bouchard, cette émission anthropologique hebdomadaire a donné lieu à la publication de six recueils de « lieux communs » parus entre 1993 et 2001 aux Éditions du Boréal. Traitant de sujets populaires autant que controversés (le pâté chinois, la fin du mâle) ces essais dialectiques entraînent le lecteur dans une série de réflexions qui juxtaposent le banal à l’universel.
Bernard Arcand a aussi publié en 1991 Le Jaguar et le Tamanoir, vers le degré zéro de la pornographie (Prix du Gouverneur général) où il étudie la modernité et sa logique de l’excès. Dans Abolissons l’hiver ! (1999), il donne la pleine mesure de son humour et de son ironie.
Actif au sein de commissions anthropologiques, conférencier à de nombreux colloques et congrès scientifiques, appelé comme expert consultant occasionnel auprès de divers organismes, il avait travaillé, quelques temps avant sa mort, à l’organisation des festivités du quatrième centenaire de la ville de Québec.
Il est décédé le 30 janvier 2009 à Québec.


Presse

À propos de Du pipi, du gaspillage et sept autres lieux communs


[…] Il y a dans le texte cette extraordinaire façon dont les protagonistes se répondent, comme si chacun reprenait la réflexion là où l’autre l’a laissée pour la pousser dans une direction nouvelle. On a la forte impression qu’ils réfléchissent en co présence, ce qui est loin d’être le cas. «Une fois le sujet défini, nous travaillons isolément, Bernard à Québec et moi à Montréal», explique Bouchard.

Leur réflexion rebondit pratiquement dans tous les terrains, du physique au métaphysique en passant par l’imaginaire, avec des conclusions parcellaires aussi saisissantes les unes que les autres. «La capacité de la vessie humaine définit les limites de notre imaginaire.» L’exercice ici n’est pas la recherche de l’épuisement du sujet, mais plutôt celui du déploiement de la pensée vers ses angles non encore explorés. «Les lieux communs constituent une machine à créer du sens».

Dans le texte, la poétique, le raffinement de la syntaxe et la noblesse du style, élèvent de deux coches l’écriture «essayistique». Il faut aussi saluer cette imbrication hautement réussie entre la profondeur de la réflexion anthropologique et la légèreté humoristique. Serge Bouchard et Bernard Arcand évoquent alors le personnage principal du Nom de la rose de Eco, qui «ne blaguait que sur le ton le plus sérieux et ne disait des choses sérieuses qu’en riant».

Du pipi, du gaspillage et sept autres lieux communs nous change de la figure pensive et crispée de la réflexion, dont il donne un visage détendu et gai. Ici, on rit en réfléchissant, un rire parfois jaune, quand le texte nous met en présence de nous-mêmes, dépouillés de toute civilité et de toute convenance et réduits à note seule consistance biologique. […]

Osée Kamga, «Lieux communs, pas idées reçues», Ici, 8-15 mars 2001.


[…] Le livre aborde neuf thèmes: le pipi, la photo, la pelouse, le poisson, l’enseignement, le scotch tape, les bibliothécaires, la divination et le gaspillage. Bouchard et Arcand y débattent avec intelligence et humour (un mélange fort rare) de ces objets et de ces activités qui peuplent et occupent la vie quotidienne, avec pour objectif de glisser des grains de sable dans les rouages de l’ordinaire. Ainsi, par exemple, s’insurgeant contre la durée arbitraire des prêts de livres en bibliothèque, Arcand affirme que les bibliothécaires devraient avoir «le courage de sélectionner une date de retour conforme à leur évaluation de l’ouvrage. […] Bernard-Henry Lévy vous est prêté pour deux jours, Sartre, une semaine, Camus, un mois, Tocqueville, un an, et Montaigne vous est prêté pour la vie».

Avec Du pipi, du gaspillage et sept autres lieux communs, Serge Bouchard et Bernard Arcand proposent une fois de plus un ouvrage divertissant, cela au sens que le mot avait anciennement, alors qu’il qualifiait un genre de propos conduisant à voir les choses différemment.

Pierre Monette, «Du pipi, du gaspillage et sept autres lieux communs», Voir, 22-28 mars 2001.



Les anthropologues sont barbus.

Ça fait partie du costume. En plus de les rendre sympathiques, ça leur donne de la crédibilité. Un air de sagesse qui peut tromper ceux qui désirent les anthropologues sérieux et drabes. Serge Bouchard et Bernard Arcand ne se prennent pas au sérieux mais travaillent sérieusement. La série Les Lieux communs, c’est du travail d’anthropologue à la portée de tous et qui veut prouver qu’on peut s’intéresser à tout: au pipi, au gaspillage, au scotch tape, à la pelouse, la photo, le poisson, l’enseignement, la divination et les bibliothécaires, comme le démontre leur dernier livre. Parce que les anthropologues aiment se promener sur les sentiers battus, très battus, pour scruter le moindre nid-de-poule. «Je peux très bien et je devrais toujours être capable d’expliquer à n’importe qui n’importe quoi de ce que je fais comme travail», soutient Bernard Arcand. «Les Lieux communs, c’est l’examen du sens des choses dans le détail de la vie , insiste Serge Bouchard. On pourrait passer une vie à continuer. C’est une sorte de discipline pour nous, mais c’est aussi un appel aux gens, à faire comme nous. Ce n’est pas honteux d’avoir sa propre construction mentale. C’est aussi l’éloge de l’intelligence et c’est l’éloge de l’imaginaire. On est tous un peu anthropologue, comme on est tous un peu poète. C’est une entreprise d’appréciation, en même temps qu’une immense protestation contre la platitude actuelle du langage et de l’insignifiance du discours, politique, technocratique, qui nous envahit. On est délinquants, même si les anthropologues sont conservateurs.» […]


Chantal Guy, «Des anthropologues, de l’entrevue et autres lieux communs», La Presse, 11 mars 2001.


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